Lautréamont au bacc

 

L'Académie de Rouen a eu l'excellente idée de proposer en 1996 aux élèves du baccalauréat dans les centres de son ressort un "commentaire composé" ayant pour thème une strophe des Chants de Maldoror (on remarquera que le texte est fort incorrect). Les spécialistes et les passionnés en visite sur notre site seraient-ils en mesure de triompher de l'épreuve sans se désorienter dans cette page ténébreuse? Les lycéens qui ont conservé leur copie sont invités à nous la communiquer...


http://www.ac-rouen.fr/pedagogie/equipes/lettres/comment/lis_com.htm


 

CENTRES ÉTRANGERS - SEPTEMBRE 1996, SÉRIES L, ES, S

Lautréamont (1846-1870)

Les Chants de Maldoror (chant II, strophe 4) (1869)

Dans Les Chants de Maldoror, long poème en prose, c’est Maldoror héros étrange, révolté et tourmenté, qui parle. Il évoque ici une vision de cauchemar

Il est minuit ; on ne voit plus un seul omnibus(1) de la Bastille à la Madeleine. Je me trompe ; en voilà un qui apparaît subitement, comme s'il sortait de dessous terre. Les quelques passants attardés le regardent attentivement ; car, il paraît ne ressembler à aucun autre. Sont assis, à l'impériale, des hommes qui ont l'oeil immobile, comme celui d'un poisson mort. Ils sont pressés les uns contre les autres, et paraissent avoir perdu la vie ; au reste, le nombre réglementaire n'est pas dépassé. Lorsque le cocher donne un coup de fouet à ses on dirait que c'est le fouet qui fait remuer son bras, et non son bras le fouet. Que doit être cet assemblage d'êtres bizarres et muets ? Sont-ce des habitants de la lune ? Il y a des moments où on serait tenté de le croire mais, ils ressemblent plutôt à des cadavres. L’omnibus pressé d’arriver à la dernière station, dévore l'espace, et fait craquer le pavé... Il s'enfuit !... Mais, une masse informe le poursuit avec acharnement, sur ses traces, au milieu de la poussière. " Arrêtez, je vous en supplie ; arrêtez... mes jambes sont gonflées d'avoir marché pendant la journée... je n'ai pas mangé depuis hier... mes parents m'ont abandonné... je ne sais plus que faire... je suis résolu de retourner chez moi, et j'y serais vite arrivé, si vous m'accordiez une place... je suis un petit enfant de huit ans, et j'ai confiance en vous... " Il s'enfuit !... Il s'enfuit !... Mais, une masse informe le poursuit avec acharnement, sur ses traces, au milieu de la poussière. Un de ces hommes à l'oeil froid donne un coup de coude à son voisin, et paraît lui exprimer son mécontentement de ces gémissements, au timbre argentin, qui parviennent jusqu’à son oreille.

Questions d’observation (4 points)

1) Repérez les interventions du narrateur du début jusqu’à " le pavé... Il s’enfuit... "

2) Repérez le champ lexical de la mort dans l’ensemble du texte (2 points)

Faites un commentaire composé (16 points).

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(1) Omnibus: autrefois voiture de transport en commun tirée par des chevaux et comportant un étage supérieur appelé impériale. La ligne Madeleine-Bastille était, au XIXè siècle, l'une des plus fréquentées de Paris.